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Festival d'art lyrique d'Aix en Provence, Opéranational de Paris, Théâtre royal de la monnaie à Bruxelles, Théâtre du Châtelet et Opéra national de Lyon : depuis 2019, ces institutions font partie du Collectif 17h25, heure à laquelle ce mouvement a vu le jour. Son objectif est de penser et promouvoir des pratiques culturelles plus durables. Réunies ici à l'Opéra Bastille, elles présentent le premier projet né de leur partenariat. Il vise à réduire le stockage et les transports dans la réalisation des décors annonce Lucia Goj, directrice scénique du Théâtre du Châtelet : « Un décor assez important, de la taille d'un plateau comme celui du Théâtre du Châtelet ou de celui de mes collègues, peut occuper trois, quatre, cinq voir six semi-remorques, ce qui est quand même beaucoup. C’est la même histoire pour le stockage, on peut arriver à des conteneurs d'un nombre assez important. Nous avons voulu trouver une façon de fonctionner différemment. »

« Diminuer l'impact du transport, des stockages et de la fabrication  »

Le collectif s’est donc penché sur la standardisation des structures de décors. Invisibles aux yeux du public, elles sont traditionnellement à usage unique, explique Jean-José Morra, ingénieur au bureau d’études de l'Opéra de Paris : « Historiquement on fait du spécifique, donc sur chaque production on va essayer d'être au plus proche de la partie artistique et de construire la structure qui n'est pas visible sur la production. Donc cette structure va être stockée avec la production une dizaine d'année environ, dans des conteneurs, et une fois qu'on aura déclassé la production, on va le jeter ou au mieux la recycler, contrairement aux structures modulables que l'on peut réutiliser le plus possible pour diminuer l'impact du transport, des stockages et de la fabrication. »Cette structure standard répond au nom de MOD 200 et est constituée de modules en aciers, de 20 cm sur 20 cm avec des perçages tous les 4 cm. On peut y accrocher un mur, un plancher ou des équipements. Sa conception, les recherches ont duré 3 ans et elles ont bénéficié des fonds du Programme d'investissement d'avenir de l'Etat. La structure a déjà été expérimentée sur plusieurs productions, parmi lesquelles l'Histoire du soldat et Hamlet / Fantômes, au Théâtre du Châtelet où travaille Lucia Goj : « Ca part toujours d'un “oui pourquoi pas”, puis on découvre plein de choses qu'on ne pouvait pas faire avant,  comme accrocher des projecteurs, les roulettes qu'il faut toujours mettre quelque part, les câbles, de petits mécanismes scénographiques. Une fois que le scénographe est convaincu et adhère au projet, parce qu'on ne veut obliger personne à utiliser la structure, les équipes commencent le travail et cela donne une expérience collective d'expérimentation. Après tout, le théâtre est un lieu d'expérimentation, qui embarque tout le monde. »

Des pratiques qui évoluent

L'utilisation de cette structure standard entraine cependant une modification des pratiques et des méthodes de travail des équipes : « Ca change, parce qu'il faut plus dessiner, mieux préparer, faire en sorte que l'intégration de la structure ne touche pas la partie esthétique du décor. Et ensuite il faut de la préparation, de la pédagogie, discuter avec les équipes, expliquer comment se passe le montage, ce qui nécessite des temps un petit peu plus longs pour certaines productions au plateau, pour le montage. Mais ce sont des choses que l'on va gérer dans le planning de chaque direction technique. »Cette structure standard peut-elle représenter un frein artistique ? « Non », répond Richard Brunel, directeur de l'Opéra de Lyon, membre du Collectif 17h25, également metteur en scène : « Ca peut être un cadre, une forme de contrainte qui crée de la liberté. Ce MOD 200 a été pensé par des équipes qui ont l'habitude des scénographes et des projets très différents. Les artistes sont aussi venus interagir avec les équipes techniques, pour faire des retours. Donc je pense qu'il n'y a aucun danger sur la liberté de création des artistes. Je pense que c'est plutôt un moyen de faire vraiment à la fois des économies et de réfléchir à ce bilan carbone qui doit absolument être meilleur dans nos maisons. »

Un effort qui doit s’accompagner d'une « transformation écologique à la fois radicale, profonde et systémique »

Les enjeux écologiques ont longtemps été laissés de côté dans le secteur culturel, observe Basile Michel, maitre de conférences en géographie à l'université de Cergy, à la tête du projet de recherche ECOMUSIQ. Mais depuis les années 2020, les initiatives écologiques se sont multipliées ajoute-t-il, tout en précisant que la majorité d'entre elles sont superficielles dans les transformations qu'elles induisent. Qu'en est-il de la standardisation des décors ? « La création des structures standards pour les décors a un effet direct de limitation de la consommation des ressources pour la production et le déplacement des décors. Donc ça a un intérêt effectivement du point de vue de la réduction des impacts environnementaux du secteur. Est-ce qu'une action comme celle-ci est suffisante pour résoudre les enjeux environnementaux du secteur culturel ? Non. C'est un effort qui est utile mais qui ne changera pas fondamentalement les choses s'il ne s'accompagne pas plus globalement d'une transformation écologique à la fois radicale, profonde et systémique nécessaire pour que ce type d'initiative ait une portée réelle sur l'impact environnemental du secteur culturel. »Basile Michel souligne également le fait que ce projet est porté par une association d'institutions culturelles différentes. Ce qui promeut la coopération et non la concurrence. Les dessins et les schémas de fabrication de la structure standard sont par ailleurs accessibles à tous et toutes, pour que le plus grand nombre puisse en construire et s'en emparer.