Née à Taipei, Ching-Lien Wu grandit dans un monde de discipline et de silence. Le régime politique impose un cadre strict ; à l'école catholique à horaires aménagés, les journées sont réglées, le travail quotidien obligatoire, et l'on ne se pose pas de questions. Elle le dit simplement : « La liberté, je l'ai quand je viens en France. »Chez elle pourtant, un autre monde s'ouvre. Ses parents, qu'elle décrit comme « très avant-garde », placent l'indépendance au cœur de son éducation. Son père, formé aux États-Unis, nourrit la maison de sciences et de mathématiques ; sa mère, diplômée d'anglais, partage le goût des lettres. Dans la bibliothèque familiale cohabitent sciences, littérature et musique : on y trouve des sonates par Daniel Barenboim, des lieder de Schubert chantés par Dietrich Fischer-Dieskau, des symphonies de Beethoven dirigées par Herbert von Karajan, mais aussi les instruments traditionnels chinois. « C'était une enfance comme une tour de Babel », résume-t-elle.Très tôt, la musique devient pour elle une expérience intérieure. Le chœur, le piano, les messes en latin appris phonétiquement composent un quotidien où l'art se confond avec la vie. À l'évocation du « Clair de Lune » de Ludwig van Beethoven, c'est encore « l'odeur de la cantine » qui ressurgit. Chanter lui procure « une joie de concentration presque méditative », calme, profonde, presque spirituelle.Et puis il y a la scène. Les auditions publiques et les examens, très codifiés, deviennent paradoxalement des espaces d'ouverture. « C'est le moment où ce n'est pas la peine de faire ce qu'on m'a demandé de faire » : dans l'interprétation, elle découvre enfin un espace intime de liberté.
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