Une identité en reconstruction à l'écran après la guerre
Le film Marty Supreme incarne “l’identité juive américaine après la Seconde Guerre mondiale” ainsi que “de la masculinité juive” : son héros avance dans une “pulsion de vie” permanente, cherchant moins la réussite sportive que la restauration “de la fierté juive après la Shoah“. À travers ce film, on voit l’idée de “montrer que le nazisme a échoué puisqu’on continue à vivre”, explique Lorenzo Leschi.Le film révèle aussi une identité qui se construit hors des cercles dominants, dans des espaces partagés avec d'autres minorités. À travers l'amitié avec un chauffeur afro-américain, il montre “comment ils fréquentent les milieux en marge de la haute société américaine”, prolongeant une tradition où les trajectoires juives dialoguent avec celles des Africains-Américains, dans une solidarité implicite née de l'exclusion.
Hollywood, une industrie façonnée par ses fondateurs mais longtemps silencieuse
Fondé par des immigrés juifs d'Europe de l'Est fuyant l’antisémitisme, Hollywood devient pour eux “un espace de débouché et d'ascension sociale économique” autant qu'un outil “d’assimilation à la haute société américaine”. Mais cette réussite repose sur un effacement partiel : ils contribuent à “construire l'imaginaire américain” tout en tenant à distance leur identité juive.Malgré leur rôle central, les Juifs restent longtemps invisibles à l'écran : “les personnages juifs et les thématiques juives sont quasiment absents jusque dans les années 1960”. Quelques films émergent après-guerre, comme Le Mur invisible d'Elia Kazan, mais sont freinés par le maccarthysme. Il faut attendre Exodus pour voir s'imposer un récit assumé, reliant Shoah, antisémitisme et naissance d'Israël, marquant la fin d'un long refoulement.





