Après la poussée de fièvre provoquée par l'image, retirée depuis, de Donald Trump en Jesus qui a fait hurler au blasphème et même à l'antechrist, la polémique s'est poursuivie. En tournée en Afrique, le pape y a fait une nouvelle allusion, relayée sur les comptes pontificaux des réseaux sociaux : « Malheur à ceux qui détournent les religions et le nom même de Dieu à leurs propres fins militaires, économiques et politiques, en traînant ce qui est saint dans ce qu'il y a de plus sale et de plus ténébreux ».Autant il n'y a rien de surprenant à ce que le régime théocratique de Téhéran invoque la religion dans ses proclamations guerrières, il n'y avait rien d'évident à entendre les accents de religiosité que prend la guerre américaine.Le pape est évidemment dans son rôle lorsqu'il appelle à la paix au Moyen Orient, mais on ne peut pas exclure qu'il ait eu une pointe d'agacement à entendre invoquer une volonté divine dans les déclarations de l'administration Trump pour justifier cette entrée en guerre qui divise l'opinion américaine.
Le plus surprenant est d'entendre les Républicains contre-attaquer sur le terrain de la théologie, a priori, la spécialité du chef de l'église catholique.
Ainsi, lorsque Mike Johnson invoque la doctrine de la « guerre juste », il pense marquer un point en faisant référence à un concept né avant même la chrétienté, mais repris par Saint Augustin au 4è siècle. Le problème est que l'église l'a abandonnée depuis -une encyclique du pape François le confirme-, et que le droit international, qui est censé régir les relations entre États, ne le reconnait pas.
Le grand paradoxe des attaques de Donald Trump et de son entourage est qu'elles ont donné à Léon XIV une stature qu'il n'avait pas encore acquise, moins d'un an après avoir succédé au pape François.Les outrances de Trump, et en particulier cette image générée par une intelligence artificielle qui a choqué de nombreux chrétiens aux États-Unis, en particulier les 53 millions de catholiques, ont donné un écho favorable à la parole pontificale. Elles ont fait du pape l'opposant numéro un de ce président transgressif, certes pas sur le terrain politique, mais moral, là où le bât blesse le plus avec Trump.En déclarant aux journalistes qui l'accompagnent « je n'ai pas peur de cette administration », le pape américain se révèle plus courageux que bien des chefs d'État qui n'osent pas confronter Donald Trump de peur des conséquences pour leurs relations avec les États-Unis. Le chef de l'église catholique n'a pas ces préoccupations, et il offre une « couverture morale » à ceux qui hésiteraient. Donald Trump a commis une erreur de taille en s'en prenant à ce pape américain : il a créé un adversaire redoutable.






